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Être chercheuse, aujourd'hui, dans l'enseignement supérieur médical de Roumanie

Carmen Stoia

 

Réunion du Sénat universitaire. Le Réctorat de l'Université de Médecine de Bucarest frémit. Par une des somptueuses portes entrouvertes on peut encore jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Messieurs les sénateurs sont evidemment en majorité, parmi les sobres costumes masculins on aperçoit à peine les femmes. Le rapport approche le 5 à 1.

Mais si on tourne le regard vers "les humbles", vers ceux qui travaillent dans les labos des chaires des disciplines fondamentales et dans les cliniques, au chevet du malade - voire vers les assistants universitaires - le susdit rapport est dramatiquement modifié: le poids du personnel didactique féminin devient sensiblement égal, même supérieur à celui des hommes.

Serait-ce lié à une certaine incapacité de la femme d'avancer dans la profession? Ou bien les chercheuses dans le domaine médical manquent généralement de talent ou d'intêret?

On le sait très bien: la recherche scientifique fait partie de la charge du personnel didactique universitaire. À n'importe quel concours de l'eseignement médical universitaire, le dossier du candidat doit absolument inclure la liste des travaux scientifiques publiés et/ou comuniqués. Les femmes ne font pas exception. Et alors, pourquoi les femmes, si présentes en bas de l'échelle, le sont si peu au sommet?

En dehors des aspects pratiques et particuliers de l'activité de recherche spécifiques pour chaque domaine, être chercheur implique un travail de création, une vocation, quelque chose proche du talent et de la vivacité curieuse de l'artiste. Ce sont des qualités qui rarement rapportent de l'argent et de la célébrité, mais à force desquelles on ne trouve pas la paix avant d'avoir compris le résultat d'une réaction, le mécanisme qui unit une molécule à l'autre, la manière dont un canal ionique devient pérméable, ou bien la réponse au traitement d'un groupe de malades - inquiétudes qui te tourmentent quasi indépendamment du salaire mensuel et du fait qu'on t'appele ou pas "profésseur docteur".

Un homme seul ou même avec une famille se permet le luxe d'une telle inquiétude intelectuelle un peu plus à l'aise qu'une femme - mère et épouse. C'est parce que les menus charges de la maison sont depuis toujours la partie de la femme. Même si elle est aidée par le mari ou par une autre personne, de la famille ou payée, la plus grande partie du volume de travail domestique, tout comme les "petits détails", à partir du sac de légumes jusqu'au contrôle des leçons du petit ou l'insucces scolaire du plus grand déjà tombé amoureux, en passant par les casseroles de nourriture, les couches et les biberons, paisent de plus sur ses épaules. Le mari peut, d'habitude, se détacher de ces babioles parce qu'il sait qu'il y a qui s'en charger. Tandis que la femme ne peut pas prendre ses distances: soit à cause d'une mentalité forgée au fil des siècles, soit par sa nature elle reste la plus impliquée.

La condition de la mère est spéciale, psichologiquement parlant, non seulement par rapport aux hommes qui ne peuvent pas accéder à ce type d'expérience, mais elle est spéciale aussi parmi les femmes. La femme-mère est fondamentalement diverse de la femme qui n'a pas encore accouché. Pour celle-ci, rien au monde ne peut passer avant son enfant. Pour la plus passionnée des chercheuses, pour la plus dédiées des enseignantes tout pâlit quand l'enfant passe un moment critique, soit-il une maladie ou un moment de bonheur, rien ne peut équivaler l'intensité avec laquelle elle vît ces moments. Ce qui fait qu'une femme est toujours en garde, quoique immergée dans la création scientifique, prête à "sauter" s-il y a besoin pour défendre sa plus importante création, le produit de sa conception.

On peut rencontrer parmi les médecins des femmes-chirurgien de la plus haute qualité, des femmes-enseignant merveilleusement savantes. Mais leur nombre est sensiblement inférieur à celui des hommes. Et celles qui sont des vraies enseignantes et, à la fois, des chercheuses d'élite, sont souvent des femmes sans enfants ou même sans famille. Parmi les autres, celles qui ont une famille, beaucoup ont été "aidées": soit les maris travaillent presque dans le même domaine, soit elle descendent d'une famille de tradition universitaire... Il est sûrement plus dur pour une femme de se frayer un chemin dans l'université de médecine, comme chercheuse et enseignente, que pour un homme.

Il faut ajouter ici la condition beaucoup au dessous de la limite de la décence du revenu officiel d'un médecin, pour ne pas parler de celui encore plus pitoyable d'un universitaire. Ce qui fait que, dans la grande majorité des cas, un médecin de l'enseignement universitaire médical doit aussi professer dans une spécialité: aux problèmes habituelles de la femme chercheuse dont on a parlé plus haut, il faut ajouter l'enorme stress de la profession de médecin qui dérive de l'impact direct avec le malade et de la grande responsabilité du diagnostique et du traitement corects.

Imaginons une journée de la vie d'une femme qui est médecin de famille, assistant universitaire dans une chaire préclinique, épouse et mère de deux enfants. Après un café à 6 heures du matin, elle prépare le petit déjeuner pour la famille et le sandwich pour l'école pour le plus grand des enfants. Elle se prépare ensuite elle-même, le petit se reveille durant. Elle le lave, le vêtit, le nourrit. À 8 heures vient la femme qui va surveiller le petit pendant la journée. Elle peut partir à l'hôpital où elle travaille jusqu'à 14 heures environ. Dans la pause qui suit, elle peut manger quelque chose et se relaxer: le plus souvent elle lit ou écrit. Puis, de 16 à 20 heures, des travaux pratiques avec les étudiants. N'éxagerons pas, elle n'a pas à faire chaque jours avec les étudiants: deux jours par semaine sont plus libres, elle peut alors se dédier aux recherches. Le soir venu, de retour à la maison, elle doit vérifier les devoirs du fils plus grand, jouer un peu avec le cadet, préparer le repas et les coucher. Où trouver le temps pour la lecture, pour la bibliothèque, pour écrire, quand faire le ménage sans une aide? On sacrifie souvent les week-end, quand on se consacre plutôt aux enfants qu'aux problèmes personnelles. Et quand se souvenir de soi même, d'un eventuel hobby, du coiffeur, d'un possible aller à la salle de gym...

Il faut ajouter à tout ça le fait qu'en Roumanie les femmes se marient plus tôt qu'à l'Occident. Dans les milieux intélectuels, l'age du mariage varie netre 20 et 30 ans, les dificultés du mariage se greffent donc sur la période supposée la plus prolifique sur le plan scientifique, celle pendant laquelle on pourrait jeter les bases d'une solide carière. Il est très probable que la cause réside dans la tradition, dans l'éducation, dans les préjugés que notre société préserve et cultive encore sur son trop long chemin vers la civilisation et le bien-être.

En revenant à la recherche, il faut encore compter un autre aspect qui nous apparaît important. Les résultats de cette merveilleuse activité dependent beaucoup de l'endroit où on s'y consacre. Une chaire "pauvre", dépourvue d'outils modernes, sans une quantité suffisante d'ordinateurs, sans lien à l'intranet, sans un labo performant rend plus difficile et même bloque le travail de recherche. Dans une université où on obtient avec difficulté l'argent pour ces outils vitaux, l'argent pour les publications et pur les congrés internationaux arrivent encore plus difficilement: un cercle vicieux se referme et un plus d'amertume vient s'ajouter à la vie d'une femme chercheuse.

Mais revenons à la réunion du Sénat qui a déjà commencé. N'oublions pas, Messieurs les profeseurs, la manière dont vous-même regardez la chercheuse, l'enseignante, la collègue et, le plus souvent, la subalterne, très rarement la dirigente. Vous lui apréciez, sans doute, les qualités professionelles et, surtout, la correction. Mais soyez sincères: maintes fois vous la voyez surtout comme objet décoratif et, la plupart du temps, vous lui souhaitez retourner au plus vite à la casserole; vous êtes toujours tentés de prendre avec circonspection ses recherches et vous vous montrez bien plus critique à son égard qu'à n'importe quel collègue de votre sexe. Et puis, disons-le à haute voix: chaque fois qu'une femme arrive en haut de l'echelle, le doute s'insinue qu'elle ait usé de moyens typiquement féminins...

On ne peut qu'espérer qu' au delà de ces vicissitudes, la femme-chercheuse saura trouver la force de sourire et de suivre sa destinée, sinon sa carière.


Ad Astra • Volume 3, Issue 1, 2004 • Women and science
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